Après le gel, le combat !

Evidemment, tout le monde a la larme à l’œil depuis le terrible coup de gel du 27 avril. Je dois dire que j’ai suivi avec angoisse cette actualité depuis l’étranger où je me trouve jusqu’à la fin de cette semaine. Celles et ceux qui suivent toute l’année la filière vins, ce qui est notre cas, ne peuvent malheureusement pas faire grand-chose, si ce n’est apporter tout leur soutien aux vignerons victimes de cet accent aigu climatique. Entre moins quatre degrés et moins six à cette période de l’année, ça fait mal ! Ce qui nous rappelle que même dans une période de réchauffement climatique – et justement peut-être parce qu’il y a ce réchauffement climatique -, les accidents de ce genre sont possibles et risquent malheureusement d’être plus fréquents qu’on ne le pense à l’avenir. Ce que nous pouvons faire aussi, et néanmoins, nous qui sommes de la presse, c’est informer au mieux et régulièrement, c’est-à-dire pas à coups d’émotions passagères, mais tout au long de l’année, de l’importance de cette filière qui devrait trouver auprès des pouvoirs publics l’écho d’une activité culturelle et socio-économique, pas que sanitaire comme on l’entend trop souvent en mélangeant les genres à souhait sous les coups de boutoir d’hygiénistes de tout poil.

Certains médias me lassent également par ailleurs. Ils ont eux aussi la larme facile, qui suggère souvent un voyeurisme dont je ne me régale pas. Et ils se cachent le reste de l’année derrière leur petit doigt pour éviter de parler de cette embarrassante filière, indispensable à la balance économique de la France, mais dont il ne faudrait pas trop parler sous peine d’être enquiquinés par quelques lobbies.

La Touraine a donc particulièrement été touchée dans le Val de Loire. Près de 100 % de bourgeons en moins du côté de l’appellation Noble Joué, 60% de pertes sur Montlouis, Bourgueil et Saint-Nicolas-de-Bourgueil, la moitié des vignes décimées sur Chinon… Bref : la galère ! Et la note est salée. Dans les colonnes de La Nouvelle République, Guillaume Lapaque, le directeur de la fédération des associations viticoles d’Indre-et-Loire et de la Sarthe, le souligne : « On peut estimer que ce sont entre 100 et 200 millions d’euros de chiffres d’affaires qui se sont envolés. Les vignerons ont perdu la moitié de leur salaire annuel, parce qu’il a fait moins quatre degrés l’espace de deux heures. Mais les problèmes économiques se poseront au printemps 2017, au moment de la vente du millésime. Nous avons une année pour nous y préparer, travailler avec l’État, les banques, la MSA, les comptables et les vignerons, pour trouver ensemble des solutions. » Car la douleur est vive du côté de ces derniers. Leurs commentaires sur leurs pages facebook en ont témoigné ces derniers jours. Philippe Boucard (Bourgueil) l’a indiqué : « Certaines AOC comme le Muscadet, ne s’en sont jamais remises. Je crains que la santé économique très précaire de nos entreprises provoque une hécatombe … » Et si l’on compare évidemment cette gelée de 2016 à celle de 1991, Cyril Robert (Vouvray) rappelle « qu’en 91 les caves n’étaient pas vides, elles étaient même pleines avec deux très grands millésimes auparavant ! » Ce n’est pas une mince différence. Quant à Benoît Gautier (Vouvray), il s’inquiète de ces quelques mots envoyés avec la vivacité qu’on lui connaît : « Bon, maintenant, on va rentrer dans le vif du sujet : les médias radio et TV sont en cours, le public découvre une nouvelle expression ‘’les gelées noires’’, les politiques tendent l’oreille mais comme on ne fera pas de défilés, ni de manifs… Debout ou couchés, il faudra se battre encore une nouvelle fois au corps à corps avec les experts d’assurance, les banques, l’administration… Cette fois il faudra être vigilant, avec les souvenirs pour certains, comme moi, des années amères de 1991-1994-2008-2012 et certains 2013… Alors, en avant et surtout il faut regarder devant et penser au prochain millésime. »

C’est qu’il ne faut pas s’arrêter en chemin. Le Président du Conseil départemental, Jean-Gérard Paumier, est en train de faire sa tournée avec la précision que cette collectivité vient d’annoncer le déblocage d’un fonds d’urgence de 200 000 euros. C’est déjà cela !

Jean-Claude BONNAUD