Gérard Vinet, vigneron du Muscadet et président d'Interloire 2013-2017

Ce qui a changé avec la réorganisation d’Interloire

Interloire se réunit en assemblée générale ce mardi 27 juin. Jean-Martin Dutour devrait, sauf coup de théâtre, succéder à Gérard Vinet au poste de président. Ainsi se tourne pour l’interprofession la page de la réorganisation d’Interloire… Premier bilan.

« J’ai été élu pour ça, et je l’ai fait », explique Gérard Vinet. Le vigneron nantais ne semble pas mécontent de laisser son fauteuil à Jean-Martin Dutour, négociant de Chinon. Il part après quatre années de présidence marquées par la réorganisation d’Interloire, actée en 2015.

Qu’est-ce qui a changé dans l’interpro depuis la réorganisation ? Pas mal de choses, à commencer par le passage de 30 à 21 salariés. « Les gens sont su rebondir », assure Gérard Vinet, soulagé.

Côté compétences, c’est tout le pôle de la « communication spécifique » – autour des appellations, en langage normal – qui a été affecté. Les syndicats d’appellation ont récupéré cette mission (et les budgets) capitale. Interloire concentre donc aujourd’hui ses efforts sur l’export, avec notamment la création du nouveau salon VinoVision Paris, dont la première édition s’est tenue en février 2017.

Autre nouveauté : l’arrivée de la CVVL, la confédération des vignerons du val de Loire. Cette organisation qui, pour la première fois, réunit toutes les familles de producteurs – les syndicats, mais aussi les coopérateurs, les bio, les indépendants – sera la voix du vignoble face au négoce au sein de l’interprofession.

Mais finalement, c’est plutôt dans les appellations qu’a eu lieu la vraie révolution. Enfin, dans certaines, et pas au niveau des cotisations, puisqu’aucun des syndicats ou fédérations ne semble avoir fait le choix de les réduire. « Mais faire moins cher, ce n’était pas vraiment le sujet » de cette réorganisation d’Interloire, observe Laurent Ménestreau, président de la Fédération Anjou-Saumur.

Electrochoc dans le Nantais

Dans le Nantais, la réorganisation semble avoir été un électrochoc. Les syndicats du Muscadet, du Gros Plant, des Coteaux d’Ancenis ont réactivé la Fédération des Vins du Nantais.

« On n’a pas perdu de temps, se souvient Olivier Martin, désigné porte-parole de la fédération (une nouvelle fonction). Assez rapidement, on a créé un pôle communication, début 2016. Pour nous, devoir gérer la com’, c’était une grande nouveauté. »

vins de Nantes, fédération, Muscadet

François Robin, transfuge d’Interloire, a été recruté comme directeur. Avec l’agence So Wine, une nouvelle campagne, tournée vers l’océan, a été imaginée…

Seul regret pour le porte-parole : la fermeture de la Maison des Vins de Nantes, pour des raisons de coût. Un wine-truck devrait faire office de vitrine ambulante bientôt, mais les vignerons espèrent pouvoir retrouver un jour un site à Nantes… Quand la météo voudra bien laisser quelque répit au vignoble…

 

L’Anjou-Saumur se muscle

Pour la fédération des vins d’Anjou-Saumur (23 appellations) aussi, cette réorganisation d’Interloire a conduit la structure à se « professionnaliser ». C’était le but recherché, « mais ça a été plus difficile que ce que j’avais imaginé », soupire Laurent Ménestreau, président.

Laurent Ménestreau, vigneron de Saumur-Champigny et président de la fédération des vins d'Anjou-Saumur

Laurent Ménestreau, vineron de Saumur-Champigny et président de la fédération des vins d’Anjou-Saumur

« Nous avons décidé de créer quatre groupes » thématiques, explique le président : Saumur, Bulles, Rosé et Chenin. Pour chaque thème, une personne dédiée a été recrutée, plus un chargé de projet pour les actions transversales, et un directeur financier. « Nous sommes passés de 7 à 16 salariés ».

Contrairement aux Nantais, les Angevins ont choisi de conserver les maisons des vins d’Angers et Saumur, et même de racheter le bâtiment d’Angers (300000€). Là encore, des recrutements ont été nécessaires.

L’outil « Anjou-Saumur » est désormais opérationnel, reste « à coordonner notre stratégie de communication ». Ce qui ne sera pas la partie la plus aisée…

En Touraine, rien de nouveau…

Sans surprise, en Touraine, la réorganisation n’a pas bouleversé les habitudes des appellations. « Chez nous, le rassemblement n’a pas été souhaité», explique François Chidaine, président de la Fédération des Associations Viticoles d’Indre-et-Loire et de la Sarthe (Chinon, Bourgueil, Montlouis…). « Chaque appellation gère sa com ‘, avec plus de budget qu’avant » et chacune à la hauteur « des ses ambitions. Quand il y aura des sujets communs, on se mettra ensemble », avance-t-il. Ca a déjà été le cas, in extremis, pour Vitiloire. Mais « c’est clair qu’en terme de visibilité » pour les vins de Touraine, « on n’est pas bon », glisse le président. « Ca viendra… »

Le vigneron de Montlouis reste par ailleurs plutôt critique quant à cette réorganisation d’Interloire :

« On n’a rien réglé comme problème. Le fond, c’est qu’il n’y a pas d’ambition commune entre le vignoble et le négoce… On a créé la CVVL, est-ce que les décisions se prennent là ? On verra à l’AG… Moi, je m’attendais à un grand remaniement, mais au final, ce sont encore les mêmes têtes… »

Conquérir le monde

Réorganisé, le val de Loire ne manque effectivement pas de défis. Les destins croisés des salon d’Angers et Vinovision Paris en est un. Le projet de « faire une communication commune qui plaise à tout le monde », de Nantes à Sancerre, et de l’indépendant jusqu’au négoce, et d’enfin arriver à définir une identité « vins du val de Loire » en est un autre.

« Pour moi, le vignoble est en phase d’adolescence », analyse François Robin, confiant. « On a tout ce qu’il faut, les vins qui plaisent, les sous-sols, les vignerons, les châteaux, la Loire… Mais la structure commerciale n’est pas organisée pour conquérir le monde. Mais un jour, ça viendra… »